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Déclaration liminaire prononcée au nom de la République du Tchad lors de la 5ème Session du Groupe de travail du Conseil des droits de l’homme consacrée à l’Examen Périodique Universel (E.P.U.) T C H A D Par Mr ABDERAMAN DJASNABAILLE, Ministre chargé des Droits de l’Homme et de la Promotion des Liberté C’est un grand honneur pour moi de conduire la délégation de la République du Tchad devant votre illustre assemblée aux fins d’examen de la situation des droits de l’homme dans notre pays et de présenter le rapport national que nous avons soumis à votre haute attention et à celle de l’ensemble de la communauté internationale. Excellence Monsieur le Président ; Depuis son accession à la souveraineté nationale et internationale le 11 Août 1960, le Tchad est entré dans une période d’instabilité politique caractérisée par les rebellions armées et les conflits intercommunautaires qui, loin de permettre l’instauration d’un espace démocratique, ont plutôt entretenu et encouragé de graves violations des droits de l’homme. La première République ayant pourtant débuté par un multipartisme (1960 à 1963) a malheureusement très rapidement rompu avec cette forme d’expression et a imposé le système de parti unique qui a vu le soulèvement de la population du Centre du pays en 1965 sévèrement réprimé. La première rébellion a commencé à cette époque et s’est quasiment institutionnalisée comme forme d’expression politique. Cette situation entretenue a malheureusement conduit à l’éclatement de la guerre civile en 1979 et a porté au pouvoir le FROLINAT qui a mis en place un gouvernement d’union nationale de transition. Ce gouvernement a instauré une cour martiale qui a procédé à des exécutions publiques en vue de faire cesser le grand banditisme de l’époque. La prise de pouvoir par Hissein Habré le 07 juin 1982 s’est caractérisée par de graves violations des droits de l’homme qui ont atteint leur paroxysme avec la création de sa redoutable police politique dénommée « DDS ». La gravité des violations des droits de l’homme constatée par la Commission d’enquête a conduit les victimes à engager une procédure judiciaire au niveau national et international. Toute l’opinion attend avec impatience l’aboutissement de ces procédures auxquelles le Gouvernement du Tchad apporte d’ailleurs tout son soutien. Malgré cette crise institutionnelle et politique qui secoue le Tchad depuis plus de quatre (4) décennies, le peuple tchadien n’a pas pour autant baissé les bras quant à sa détermination à parvenir à l’édification d’une nation digne, libre, pacifique et prospère. Le 1er Décembre 1990 a vu l’avènement au pouvoir du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) mettant fin à la dictature de Hissein Habré. Cet avènement a conduit à la mise en place d’un cadre juridique, politique et institutionnel propice à l’instauration d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste dans lequel les droits fondamentaux de l’homme, les libertés, la dignité de la personne humaine et la justice sont garantis, protégés et promus. L’instauration de la démocratie a permis la tenue de la Conférence Nationale Souveraine en 1993 au cours de laquelle les couches politiques et sociales se sont exprimées et ont arrêté de grandes décisions. Pour traduire dans les faits les recommandations issues de ce forum un Conseil Supérieur de Transition et un gouvernement de large union ont été mis en place. Pour plus d’efficacité, une reforme des textes instituant cette commission est envisagée pour la mettre en conformité avec les Principes de Paris. Une Constitution a été adoptée par referendum le 31 Mars 1996 et des élections libres et démocratiques ont eu lieu en 1996 pour les présidentielles et en 1997 pour les législatives. Il s’en est suivi la mise en place progressive des autres institutions nationales telles que la Cour Suprême, le Conseil Constitutionnel, la Haute Cour de Justice, le Haut Conseil de la Communication et la Médiature. La création en 2005 d’un Ministère à part entière en charge des droits de l’homme dont le champ d’action a été élargi à la promotion des libertés en 2008 témoigne, s’il en est besoin, de la ferme volonté de Son Excellence Monsieur le Président de la République Idriss Deby Itno et du Gouvernement de la République du Tchad de traduire dans les faits la défense et la protection des droits de l’homme qui sont des priorités de notre projet de société. Les efforts fournis par le Gouvernement soutenu par les acteurs politiques et de la société civile aux fins de traduire dans les faits les engagements en matière de droits de l’homme ont été affectés par la crise du Darfour qui a commencé en 2003 par l’afflux massif des personnes déplacées et réfugiées, les conflits intercommunautaires, les incursions des Djandjawids et des groupes armés qui ont débouché sur des attaques sur N’Djamena en Avril 2006 et Février 2008. Ces différentes crises ont généré à nouveau des violations des droits de l’homme caractérisées par les enlèvements, les atteintes à l’intégrité physique, les déplacements forcés, l’enrôlement des mineurs dans les conflits armés et les viols des femmes. Afin de faire la lumière sur les graves violations des droits de l’homme survenues pendant ces événements, le Gouvernement a mis en place une commission d’enquête composée essentiellement des représentants de la société civile et d’observateurs internationaux. En complément des efforts ainsi déployés sur le plan institutionnel, le Gouvernement de la République du Tchad a initié différentes actions afin d’assurer l’effectivité des droits économiques, sociaux et culturels notamment le droit à l’éducation et le droit à la santé. L’importance accordée par le Gouvernement aux questions de santé de la population l’a conduit à prendre des textes pour mettre en place le système de participation communautaire. En 1999, une loi n°19/PR/99 du 10 décembre a institué la participation communautaire aux coûts de la santé. Cependant, il faut noter que les stratégies mises en place sont loin de couvrir les besoins de santé de la population tchadienne qui ne font que s’accroître. Tant l’accès à l’eau potable pose problème au Tchad, tant les conditions d’hygiène et d’assainissement restent précaires et sont autant de causes de maladies. En ce qui concerne le droit à l’éducation dont le Ministère est un secteur prioritaire au Tchad, le Gouvernement a également pris des dispositions pour assurer au mieux et selon ses moyens le salaire des enseignants, la construction des bâtiments, les matériels didactiques, mobiliers et consommables, la formation continue des enseignants. L’enseignement secondaire est généralisé et accessible à tous sur l’ensemble du territoire national. Par contre, l’enseignement technique et professionnel ne l’est pas pour autant. L’enseignement secondaire est gratuit au même titre que l’enseignement primaire. Cependant, le taux d’analphabétisme reste toujours élevé. Les efforts sont faits pour rendre l’enseignement supérieur entièrement accessible à tous les bacheliers. En plus de deux grandes Universités qui fonctionnent au Tchad (N’Djaména et Abéché), il y a eu création de nouveaux Instituts de formation professionnelle notamment à Moundou, Mongo, Abéché, Bongor, Biltine, Mao et Ati. L’on déplore cependant l’insuffisance du personnel enseignant dans ces universités. En ce qui concerne le coût, il est juste requis des droits pour la production des documents administratifs qui sont de 25.000 F Cfa pour la 1ère année. Pour les autres années, l’Etat accorde aux étudiants une bourse spéciale d’inscription, et une bourse d’études. Le Tchad est un pays où le taux d’analphabètes est assez élevé et des efforts sont consentis pour l’éducation de base à l’attention de ceux qui n’ont pas reçu d’instruction primaire ou qui ne l’ont pas suivie jusqu’à son terme. Dans ce sens, un département chargé de l’alphabétisation est créé au sein de la faculté des lettres et sciences humaines pour former des conseillers en alphabétisation qui s’investiront dans ce volet d’instruction. Tout récemment, la loi N° 016/PR/06 du 13 mars 2006 portant orientation du système éducatif a été adoptée. L'État garantit l'éducation fondamentale aux jeunes de six (6) à seize (16) ans. L'enseignement et la formation sont dispensés dans les deux langues officielles, le Français et l'Arabe. Ils peuvent aussi être dispensés dans les langues nationales. Des langues étrangères interviennent comme disciplines d'enseignement. L'enseignement public est laïc. L'État en assure l'organisation, le fonctionnement et le contrôle. Il faut cependant relever que certaines difficultés rendent la réalisation complète du droit à l’éducation difficile. Il s’agit entre autres du manque de transition dans la mise en œuvre de la gratuité de l’école, du nombre insuffisant du personnel enseignant, du manque de fournitures et de l’insuffisance de moyens financiers. Cependant, le Gouvernement qui a classé le Ministère de l’Education parmi les départements prioritaires se déploie pour assurer au mieux l’éducation de sa population, sachant que cette dernière contribue mieux au développement du pays. Il a été élaboré en 2002 la politique sectorielle de l’éducation qui s’inscrit dans la perspective de la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (scolarisation universelle à l’horizon 2015 et achèvement d’une scolarité élémentaire complète). La stratégie adoptée prend en compte le rôle important des associations de parents d’élèves dans la construction et la gestion des écoles, avec un appui de l’Etat pour les financements correspondants et pour la formation et la rémunération des maîtres. Un projet d’appui à la réforme du système éducatif tchadien (PARSET) a été institué. Il est la traduction opérationnelle de la politique sectorielle. Il comprend quatre composantes à savoir : accès équitable à l’éducation, qualité et efficacité de l’enseignement, alphabétisation et éducation non formelle, renforcement de la planification, de la gestion et du suivi des programmes. Le Gouvernement se préoccupe de la scolarisation des enfants sourds, aveugles et malades. La gratuité de l’enseignement est garantie par la Constitution en son article 35 en ces termes : « Tout citoyen a droit à l'instruction. L'enseignement public est laïc et gratuit. L'enseignement privé est reconnu et s'exerce dans les conditions définies par la loi. L'enseignement fondamental est obligatoire ». A ce titre, la loi fondamentale met à la charge de l’Etat et des collectivités une obligation en ces termes : « L'État et les collectivités territoriales décentralisées créent les conditions et les institutions qui assurent et garantissent l'éducation des enfants » (Article 36). En ce qui concerne les personnes vulnérables, notamment les femmes, les enfants et les personnes handicapées, le Gouvernement a fourni des efforts considérables pour atténuer les discriminations dont cette catégorie était l’objet. Dans un passé peu lointain, la situation de la femme tchadienne était peu enviable. La discrimination à l’égard de la femme tchadienne se manifestait dès sa naissance à travers le processus de socialisation de la petite fille. Cependant, il faut relever que depuis 1990, le Tchad s’est lancé dans la voie de l’épanouissement de la femme. Le Tchad a participé à la Conférence de Beijing de 1995 et bien d’autres conférences (Nairobi, Dakar, etc.) à l’occasion desquelles d’importantes mesures ont été prises pour renforcer les droits de la femme. Dans le cadre de l’emploi, jusqu’en 2003, les données relevaient pour le secteur public que seuls 10% des fonctionnaires étaient des femmes et confinée pour la plupart dans les emplois subalternes. 70% des femmes fonctionnaires exerçaient dans les trois ministères à savoir l’éducation nationale, la santé publique et les affaires sociales. Elles occupaient en grande partie des fonctions d’exécution. Sur les 125 députés de l’Assemblée Nationale au départ, il n’y avait que trois femmes. Aux élections de 2002, il y en a eu neuf. Les textes nationaux reconnaissent la liberté de créer un parti politique ou d’appartenir à celui de son choix. Par ailleurs, la liberté d’opinion est reconnue aux fonctionnaires. De même, la liberté d’exprimer ses idées et ses opinions par tout moyen de communication est reconnue à tout citoyen, et la presse et l’imprimerie sont libres (articles 1er et 2 de la Loi relative au régime de la presse). Il existe actuellement au Tchad de nombreux journaux et radios indépendants qui contribuent à l’expression de ces libertés. Le Gouvernement tchadien a publié une loi pour réglementer la presse. Il s’agit de la Loi N° 029 du 12 août 1994 relative au régime de la presse au Tchad. La liberté d’expression reconnue par les textes est exercée par tous les citoyens. Des débats contradictoires portant sur des questions politiques sont diffusés même sur les antennes de la radio nationale. Les radios privées sont régies au Tchad par un texte spécifique à savoir la Décision N° 007/HCC/P/SG/99 du 10 juin 1999 portant cahier des charges des radios privées. Cependant il faut noter que l’analphabétisme, la pauvreté d’une grande partie de la population, l’indigence des moyens des journaux et radios privés (faibles tirages des journaux, faible rayon d’action des émetteurs radios), les conséquences psychologiques des longues années de répressions politiques constituent des entraves certaines à l’épanouissement de ces libertés publiques. Le droit de réunion a été reconnu et proclamé officiellement par l’article 27 de la Constitution. Mais son exercice est soumis à une autorisation préalable. Depuis l’adoption des différents textes relatifs à la liberté d’association, surtout après l’année 1990, on assiste à une éclosion d’associations diverses et de syndicats. On compte aujourd’hui deux grandes centrales syndicales : l’Union des Syndicats du Tchad (UST) et la Confédération Libre des Travailleurs du Tchad (CLTT), et près de 3000 associations œuvrant dans divers domaines. La liberté syndicale est reconnue par l’article 28 de la Constitution et un syndicat ne peut être dissout que par voie judiciaire ou statutaire (article 30 de la Constitution). En ce qui concerne les associations, l’ordonnance N° 27 du 28 juillet 1962 les réglemente. Au titre des articles 3, 4 et 5, sous réserve des exceptions de l'article 2, les associations de personnes pourront se former, moyennant déclaration et autorisation, mais ne jouiront de la capacité juridique que si elles le demandent expressément. Excellence Mr le Président ; Malgré les soubresauts qui ont ponctué sa récente histoire, la République du Tchad a toujours respecté ses engagements internationaux et continuera à œuvrer dans le sens de la défense et de la protection des droits de l’homme notamment en adhérant à toutes les conventions dans ce domaine. A cet effet une reforme générale pour l’harmonisation des textes régissant la justice avec les normes internationales, notamment le Code pénal, les codes de procédure civile et pénale, le code de la famille a été initiée et se trouve en cours d’aboutissement. Aussi, nous réitérons notre disponibilité pour toute forme de coopération avec les instances des Nations Unies dans ce domaine. D’ailleurs le Tchad a toujours réservé une réponse favorable à toutes les demandes de visites qu’il a reçues et est disposé à accorder une invitation permanente aux détenteurs des mandats. Pour terminer mon propos, je voudrais remercier toutes les délégations des pays frères et amis qui ont bien voulu nous soumettre à l’avance leurs préoccupations contribuant ainsi à un enrichissement du dialogue interactif. Nous aurons l’occasion de revenir sur certaines questions spécifiques qui n’ont peut être pas obtenu des réponses appropriées au cours de cette déclaration liminaire. Comptant sur votre indulgence pour les insuffisances que vous aurez à relever et qui sont pour la plupart liées au contexte particulier de notre pays, je vous prie de bien vouloir recevoir l’expression de nos remerciements pour votre bienveillante et aimable attention. |
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